19.4.09

19 avril 2009

Le temps et sa géographie

Avril, et qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? Pierre Peuchmaurd n'est plus présent. Sale temps, sale géographie. Le nord est perdu. Et pourtant on continue. Il ne l'aurait pas voulu autrement. Pour la poésie et par curiosité. La suite des choses, voyons-voir où ça va nous mener. On se plante un clou tout en haut de la boussole. Ça fait mal, mais on ne perd rien pour attendre : il y aura bien un moment où on pourra rire. On l'entend ce moment. C'est déjà toute une musique.

En tête

On aurait presque envie de s'y mettre tout de suite, à la rigolade. En effet, le Marché de la poésie de Montréal a annoncé son thème pour cette année : «Héritages du surréalisme». Allons donc! C'est à ne pas manquer. Une trentaine d'activités seront proposées sur le sujet, dont un colloque dirigé par Claude Beausoleil, une sommité. Tout cela est fort amusant. Une seule chose est certaine : rien de ce qui pourra se dire ou se faire dans un tel contexte n'aura le moindre rapport avec l'esprit de révolte qui fut et demeure au coeur du projet surréaliste. Mais ce qui fait moins rire, avouons-le, c'est de lire que L'Oie de Cravan va participer à un «Cabaret surréaliste». Là, je vous arrête tout de suite, messieurs dames : L'Oie de Cravan, sans se prétendre particulièrement «révoltée» ou «surréaliste», est une honnête maison. Nous ne ferons pas de «Cabaret surréaliste». Il y a des choses dont il vaut mieux ne pas trop se moquer. Après tout, il arrivera peut-être ce jour où le surréalisme le touchera, ce fameux héritage.  Pour rire, on va préférer cette compagnie.

Ce qui vient

On parle beaucoup de rire et de plaisir mais il n'y a pas que ça dans la vie, il y a le dur labeur de l'éditeur. À L'Oie de Cravan, on le sait, on se méfie du travail. Mais on aime bien faire des livres. Alors voilà en vrac ce qui vient. D'abord, fin mai, une petite plaquette d'un auteur pas trop connu. Il s'agit d'une nouvelle collection dont le nom est encore à trouver. Le livre, lui, s'appellera «Cahier de neiges». Ensuite, ce sera une seconde parution dans la même collection : l'excellent «Hourra pour Shane» de Shane Brangan. On prend déjà le risque de vous annoncer le troisième titre de cette collection pour l'automne prochain : «Nanoushkaïa» de Bérengère Cournut.  La même époque verra naître d'autres jolies choses : on parle de bandes dessinées de Simon Bossé, de Obom, de nouvelles de Thierry Horguelin, et même de poèmes du  fin Patrice Desbiens! On murmure qu'il y aura des livres du critique Byron Coley et du chanteur Michael Hurley. Mais ça, on n'ose le croire. C'est si loin demain et le chemin reste tout à faire. On se guide à la musique, à la toute petite musique rigolarde qui semble venir de là-bas. 

13.4.09

Et les choses, quelle durée ?
Pierre Peuchmaurd (1948-2009)

Mon ami est mort la nuit dernière. Ce n'est pas le temps de trouver le mot juste. Il y a des animaux qu'on ne saura plus reconnaître, des colères de grandes lames qui ont perdu leur manche, des raisons de vivre qu'on ne pourra plus invoquer. Il y a les mots laissés, pour faire lever le jour, pour retrouver le jour. Elle, naturellement, elle est venue par le poumon gauche.
Leur guetteur parti, les tourterelles de Brive, du Lot et de Corrèze, ne savent plus de raison à leur vol. Nous qui n'avons jamais su voler, nous n'en savons rien non plus. Et surtout pas comment dire notre désarroi. Finalement il n'y a que Pierre qui connaissait le mot juste.

ELLE VIENDRA PAR LE POUMON GAUCHE

Elle viendra par le poumon gauche
D'abord ce sera plus chaud
et ça irradiera,
je dirai que ça ira.
Ce sera comme la neige —
je déteste la neige —
comme une gorgée de café
quand le cœur n'en veut pas.
Et puis je refuserai.
De quelle taille, le refus?
Et les choses, quelle durée?
Plus qu'une rose, moins qu'une rose?
C'est comme ça qu'on compte
quand il y a cette écume,
tout ce joli sang rose
qui vous remonte aux lèvres.
On compte en oiseaux,
en cerceaux sur le pré,
en ruisseaux dans l'été
et en éternités.
On compte sur les doigts des femmes
et les cheveux des bêtes
qui ne tombent jamais dans le lavabo,
on compte sur le beau temps
qui vous ouvre la gorge.
Elles, comme on va mourir,
elles nous ouvrent leurs robes —
on y compte.
Et comme on va partir,
elles nous laissent leur adresse
et le soir les emporte
et on va dans les bois
où il y a l'hôpital.

(écrit vers 1994)

Pierre Peuchmaurd
Parfaits dommages et autres achèvements

10.4.09

les renards fuient quand on les rêve
les enfants ne risquent plus rien
et cependant la mort augmente
quand on approche l'orage s'éloigne

                             Pierre Peuchmaurd

3.4.09

Cargo culte

Le navire Bathyscaphe est encore peu visible, il passe sous le radar, bien en deça de la ligne de flottaison. Certains connaissent pourtant son existence et savent que sa cargaison a un goût différent de tout ce qui se trouve sur le marché. Le goût rare des choses oubliées ou pas encore inventées. Trois numéros publiés sont là pour témoigner d'une façon radicalement différente de voir la culture; loin des modes, du hype et du goût du jour. Cet étrange esquif, qui avance sans publicité ni subvention, a besoin de votre aide pour continuer ses explorations. C'est pourquoi nous organisons une fête bénéfice  afin de célébrer notre manque à gagner et remplir la citerne à dollars qui permet au sous-marin de sombrer en de satisfaisantes profondeurs!

Le lundi 13 avril 2009, venez nous rejoindre à la Sala Rossa de Montréal à partir de 20 heures. Il y a aura du boire, de affiches à tirages limités de Julie Doucet et Simon Bossé à vendre, et de la musique à revendre avec 

*** ¡ Jeremi Mourand ! ***

En prime exclusive
¡ Gaston Sanchez et son accordéon magique !

Tout cela pour la somme ridicule de 10 piastres à l'avance
 (billets disponibles à la Casa del popolo
ou, s'il reste des places, 12 dollars à la porte. 

L'équipage du Bathyscaphe est composé de Benoît Chaput, Hermine Ortega, Antoine Peuchmaurd, Alexandre Sanchez. Nos collaborateurs de ces derniers numéros furent Romy Ashby, Anne-Marie Beeckman, Daniel Canty, Maïcke Castegnier, Geneviève Castrée, Byron Coley, Bérengère Cournut, Marci Denesiuk, Clare Dolan, Julie Doucet, Hélène Frédérick, Sarah Gilbert, Joël Gayraud, Jimmy Gladiator, Claude Guillon, Thierry Horguelin, Julien Lefort, Gabe Levine, Morag Kidd, A.J. Kinik, Thurston Moore,  Nadia Moss,  Pierre Peuchmaurd, Hannah Reinier, Pierre Rothlisberger, Barthélémy Schwartz, André Stas, Mike Watt, Valerie Webber.

26.1.09

Apparition de Mandalian

À L'Oie de Cravan nous savons toute la valeur de Mandalian : c'est un monde dur que celui des affaires interlopes et sans sa présence notre maison n'aurait tout simplement pas su faire face à la musique. Mandalian s'active trop souvent dans l'ombre. Il était plus que temps de rendre visible son bien réel talent d'écrivain. Son premier livre est un polar rapide et précis, tranchant et dément. Ces sont les éditions Coups de tête qui ont l'honneur de rendre visible cette nécessaire violence. Nous les félicitons. L'objet est lancé ce soir, 26 janvier, à Montréal en la sombre taverne du Cheval Blanc rue Ontario. Ça commence à 18 heures et, pour Mandalian, ce n'est pas près d'être terminé. Tout libraire de valeur se fera un plaisir de vendre l'objet aux absents, malgré leurs torts.

Voici une fausse couverture : ce que cela aurait pu donner chez un autre éditeur qui doit se mordre les sangs d'avoir laisser passer ça.


27.11.08

On lance

On lance et on invite. Il faut un peu de courage. Il fait grand froid, la nuit tombe tôt. Mais on a un livre d'images de Nadia Moss qui suscite la curiosité. Et puis aussi, il faut le dire, cette revue qui parle à la fois de Steve Albini et de Jean Paulhan, de Brantôme et de Denis Côté, de Robert Walser et de Charles Plymell, ne peut qu'intriguer. Pas parce qu'on connaît tous ces noms, rien n'est moins certain. Plutôt, justement, pour la part d'inconnu qu'ils évoquent et que ce singulier bathyscaphe s'acharne à explorer.




Bientôt

Deux couvertures, deux objets ouvertures : bébé un livre d'images comme une cassure ; Le Bathyscaphe 3, numéro attendu de cette revue presqu'invible depuis la surface. Deux objets lancés bientôt contre vents et marées.

11.11.08

Une disparition

Xavier Baudin était un gentleman. C'est par amitié pour Patrice Desbiens, son voisin, qu'il nous avait invités la semaine dernière à célébrer, dans la bouquinerie qu'il animait avec sa compagne Frédérique, la sortie de En temps et lieux 2, plus récent recueil du poète (que nous lancions en même temps que Mon sofa brise-glace de Natalie Thibault). Je le connaissais à peine mais chaque bribe de conversation donnait le goût de s'avancer vers lui en amitié. Il nous a reçus chaleureusement, nerveusement, avec des étoiles dans les yeux. La soirée fut parfaite, en grande partie grâce à lui. C'était le mercredi 5 novembre 2008. Le 8 novembre, l'histoire de Xavier s'est arrêtée. Son regard passionné ne sera pas oublié.

21.10.08

21 octobre 2008

Le temps et sa géographie

Il pleut, Montréal n'est plus qu'un bruit de voitures qui passent. On se dit que ce temps est celui qu'il fera tout l'hiver à Paris ou Vancouver. Là-bas, il leur faut seulement un peu de patience, c'est une humidité relative, un pont presque bref vers le printemps. Un pont gris pourtant. Nous, notre pont sera très long, très blanc : il nous mènera loin dans la prochaine année. On l'attend. On fait chauffer les humeurs, on barricade les demeures, on s'aiguise le caractère et les patins, on raccommode les bottes, on se rentre la tête dans la mitaine. On se dit « Courage, courage, pom pom pom, c'est beau l'hiver ». On se dit, agitons-nous! Il fera moins froid. On fait des choses, on fait des livres. C'est ça, des livres.

En tête

Agitons-nous donc bien la boule, que la neige retombe sous le verre et nous laisse éblouis. Nous aurons des livres qui brûlent de la lumière tremblante des flocons : annonçons d'abord le retour de Monsieur Patrice Desbiens avec le recueil si finement nommé En temps et lieux 2 qui fait suite au premier du nom que nous avions publié il y a presque exactement une année. C'est une suite mais c'est encore mieux : Patrice voit que ça va mal et en prend bonne note, en sa poétique façon. On va lancer ce bel ouvrage de résistance dans une librairie voisine, il y a toujours une librairie voisine où il fait bon se chauffer la résistance. Dans le même mouvement, il y aura aussi un petit recueil d'une nouvelle venue, Natalie Thibault. Un recueil de circonstance puisqu'il s'appelle Mon sofa brise-glace. C'est Richard Desjardins qui m'avait envoyé ça. Il a eu raison, ça a attiré l'attention, et une fois attirée en ce sofa-là, elle n'en repart pas.

Ce qui vient

Mais ce ne sera pas tout! Que non : première semaine de décembre, faisant le pied de nez, le nez de pied même, aux festivités insupportables qui se préparent, nous nous saoulerons de joie pour fêter la venue de « Bébé », le nouveau livre d'images de Nadia Moss. Ce bébé viendra au monde en même temps que le numéro 3 du Bathyscaphe, le journal qui plonge sous la glace. Au sommaire, Romy Ashby, Daniel Canty, Maïcke Castegnier, Geneviève Castrée, Benoît Chaput, Byron Coley, Bérengère Cournut, Marci Denesiuk, Julie Doucet, Clare Doyle, Hélène Frédérick, Joël Gayraud, Thierry Horguelin, AJ Kinik , Gabe Levine, Monsieur Molino, Thurston Moore, Hermine Ortega, Hannah Rainier, Pierre Rothlisberger, Barthélémy Schwartz, Valerie Webber et j'en passe et des meilleures. Nous préciserons quand le temps sera à la précision. Aujourd'hui, décidément, le futur se perd dans les vapeurs et dans le nombre des noms. Venez, venez, grands froids précis et cassants!

12.6.08

Le Bathyscaphe 2

Au second numéro du Bathyscaphe on ne parle pas d'actualité. Au second numéro du Bathyscaphe on parle du meurtrier Daniel Rakowitz, du cinéaste Fritz Lang, des auteurs Pierre Bayard, Hélène de Billy, Joe Brainard, Jorge Luis Borges, André Breton, Cid Corman, Richard Krech, Jean-Patrick Manchette, Vitzslav Nezval, Pericle Patocchi, Georges Perec, Marina Tsvetaeva, Boris Vian, Emma Young, Anne Waldman; des éditeurs Bottle of smoke, Green Panda Press, Shivatan Publishing; de la Chine et du Tibet, de l'art et d'économie, de l'île de Santaurin, de la psychogéographie de Toronto, de villes inondées, du mystérieux Mouvement Lent, de l'évolution des définitions du dictionnaire, du photographe Jan Saudek,  d'une traduction anglaise de Réjean Ducharme, du masque et de son histoire, de la faune des abysses, de pornographie féministe et de tant d'autres choses. Au second numéro du Bathyscaphe tout ceci est prétexte à parler de nous tous, dans l'inactuel présent.
Présentement sous presse. Lancé ce dimanche à Montréal.