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8.4.19

Presque la nuit, pour Pierre Peuchmaurd



Pierre Peuchmaurd et Zig en 2006



Le 12 avril 2019, il y aura dix ans que Pierre Peuchmaurd sera mort. 
C'était un ami, un père en poésie ; il demeure de bien des façons au cœur du projet éditorial de L'Oie de Cravan. 
Pour lui rendre hommage on va lancer ce soir-là
Les cordes de patience
un implacable inédit écrit en 2006, ainsi que
Voyant-la-vue
grand petit livre parfait de Anne-Marie Beeckman qui fut sa compagne.
Surtout, surtout, surtout, on va faire sérieusement la fête
en se laissant hanter par sa poésie dans
une soirée de musique, lectures et alcools.
CE SERA PRESQUE LA NUIT
du 20 à 23 heures
au Port de tête au 269 avenue du Mont-Royal Est à Montréal
avec la participation de Robin Aubert, Maïcke Castegnier, Maxime Catellier, Myriam Cliche, Shawn Cotton, Marie Frankland, Sébastien B Gagnon, Émilie Girard-Charest, Isabelle Lastrade, Isabelle Mandalian, Manuel Mineau, Hermine Ortega, Antoine Peuchmaurd, Yves-Antoine Rivest et bien d'autres…
Venez vous mettre sous son influence, vous ne le regretterez pas.



31.10.13

Les grandes dates de l'histoire




Le vendredi 20 octobre 1854 est une des grandes dates  de l'histoire : c'est la naissance à neuf heures d'intervalles d'Arthur Rimbaud et d'Alphonse Allais.

Pierre Peuchmaurd, L'immaculée déception.



Au début 2014, nous allons publier Fatigues, aphorismes complets de Pierre Peuchmaurd qui comprends les recueils À l'usage de Delphine, L'immaculée déception,  Le moineau par les cornes et La position du pissenlit (inédit). 




11.9.13

10 septembre 2013



Le temps et sa géographie

La géographie a changé, la lumière de septembre est particulièrement belle au détour d'une rue : c'est que nous sommes dans la bonne ville de Québec, pour peu de temps. Québec n'est plus ce qu'elle était, on le dit : gentrifiée, grugée par les touristes et les manœuvres des promoteurs, elle aurait perdu ses repaires et ses repères. Pourtant, pour l'éditeur de passage, il y reste bien des charmes. Des endroits pour lire, des endroits pour boire et surtout — ça ne s'enlève pas facilement — des rues pentues qui ménagent des surprises, qui imposent l'effort. Quelque chose de Lisbonne, si on veut. Le Tage n'est pas loin. C'était sa lumière dans le ciel aujourd'hui. Il n'empêche que c'est bien triste, cette disparition de tant de librairies, ce magasinage, qui partout veut remplacer le flânage. Ça frappe peut-être davantage dans une ville comme Québec, qui a beaucoup perdu, mais toutes les grandes villes d'Amérique et d'Europe vivent cette disparition. Peut-être que derrière les apparences, derrière les façades, une fois franchies les portes closes, des conversations se croisent, des livres s'écrivent, des rires ébranlent et qu'une ville secrète est en préparation. La forme d'une ville change plus vite que le cœur d'un mortel : c'est sans doute tant mieux. Les terriens restent à inventer, leurs villes aussi.



En tête

L'Oie se prépare une saison sous le signe du livre d'ymages (pour conserver l'orthographe d'Alfred Jarry). Fantastic Plotte de Julie Doucet est déjà sous presse. En faisant la mise en page, il était impossible de ne pas sourire, de ne pas s'enthousiasmer. C'est que ce livre, qui contient les toutes premières bd de Julie Doucet, est une mine d'or explosive. Il y a là toute la subversion de la pensée punk des années 80 mais à son meilleur, rendue avec un talent ébouriffant. Ensuite, un bijou, une œuvre angoissée et parfaite : Mélasse de Guillaume Pelletier, dont on parle déjà ici. Et puis, le livre d'ymages qui s'éloigne le plus de la bande dessinée : le magnifique Petit guide du Plan Nord de Michel Hellman, entièrement réalisé en sacs de poubelle découpés ! Un exemple vaut mille mots, ici. Tout cela, très bientôt, avant que ne se dissipent les brumes de l'automne.


À venir

Et puis, juste après, dès que les froids auront repris leurs droits, nous aurons avec nous les grandes Fatigues de Pierre Peuchmaurd. Il s'agit de l'intégrale des aphorismes publiés de son vivant, soit les recueils À l'usage de Delphine, L'Immaculée Déception et Le moineau par les cornes, auxquels s'ajoute un recueil inédit, La position du pissenlit. C'est la réponse qu'avait donnée Pierre Peuchmaurd aux grandes fatigues que lui causait le monde, une réponse pleine d'humour, d'éclairs poétiques, de découragement et d'espoir. Les aphorismes de Pierre Peuchmaurd, c'est aussi, si on veut, un appel aux terriens. Tout reste à faire — alors que vient l'hiver.




21.4.13

On ouvre un livre au hasard et on lit



À beau marcher
Qui s'en ira
Le ciel est noir
Comme la raison

Pierre Peuchmaurd, Chansons.


(publié par La Morale Merveilleuse & Pierre Mainard Éditeur 
au mois d'avril deux mille treize)


21.4.10

L'année dernière



PIerre Peuchmaurd. L'Année dernière à Cazillac.
Édition bilingue (français - anglais). Réédition de cette rare prose de l'auteur parue initialement en 2004 aux éditions Myrddin dans un tirage confidentiel maintenant épuisé. Traduction de Benoît Chaput avec l'assistance de Gabriel Levine et Valerie Webber. Collection Le fer & sa rouille. 12.5 x 18 cm. 40 pages. Deux cent dix exemplaires cousus à la main à Montréal en avril 2010 dont deux cents numérotés de 1 à 200 et dix exemplaires hors-commerce numérotés de I à X. Prix de vente de 12 dollars ou 10 euros, le port étant inclus et la devise au choix de l'acheteur ou de son libraire.

Lancement lundi 3 mai 2010 dans la cour de la librairie Le port de tête à Montréal. Lecture de textes de Pierre Peuchmaurd par Yves-Antoine Rivest accompagné au violoncelle par Émilie Girard-Charest.

17.4.10

17 avril 2010

Le temps et sa géographie

On ne saurait le cacher : avril en son début avait bien une tête de mort. Trop de disparitions en cette période, trop de manques. Un masque d'été trop brusque, trop chaleureux pour être honnête, a brûlé sur Montréal, comme pour tenter de dissimuler l'anniversaire du vide, l'anniversaire du froid. Mais voilà que tout cela est passé : Montréal a repris un honnête visage gris, Montréal bourgeonne réellement. C'est tout de même un printemps. C'est tout de même la bonne odeur de pourriture de la vie qui bat. La cendre des volcans recouvre le monde, c'est rassurant ce brouillard qui vient du feu. Ça nous change des fumées de la chimie. On se sent presque ragaillardis. On a une envie de filer loin loin, sur un vélo de broche à foin. Voir où en sont les volcans.

En tête

Pierre Peuchmaurd a écrit très peu de prose. En 2004 il avait fait paraître L'année dernière à Cazillac, un magnifique ensemble de fragments autobiographiques qui se concentrent sur un espace de temps relativement bref, un passage de la vie de l'auteur, pour avancer en profondeur vers ce qui est au centre de sa démarche de poète. Ceci avec l'amertume souriante d'un grand styliste qui peut se permettre une douce auto-dérision. Ce texte m'avait enthousiasmé au moment de sa publication et, avec une infinie lenteur, je travaillais depuis quelques années à le traduire en anglais. Maintenant, un an après la disparition de son auteur, le moment me semble propice pour le ressortir (il était devenu introuvable dans son édition originale), accompagné de sa traduction anglaise. Ce sera donc sous la forme d'un petit livre de la collection Le fer & sa rouille qu'il verra le jour dans très peu de temps. C'est donc dire une délicate plaquette cousue à la main, au tirage limité à 200 exemplaires. Une façon comme une autre de s'assurer que le printemps ne sera pas que menteur.

À venir

Mais ce n'est pas tout. On peut aussi rêver. Diane Obomsawin, connue sous le pseudonyme de Obom est une bédéiste qui sait rêver et nous faire rêver. Nous avions déjà publié un premier recueil de ses étonnants rêves en bd en 1997 sous le titre Plus tard... Elle nous revient avec un autre recueil de rêves, Pink Mimi Drink, que nous lancerons en grande pompe vers la mi-mai avec la réédition de son fameux Kaspar, histoire de faire provision de braises pour la route vers les volcans.

31.12.09

Ne se rendre jamais

Voici donc les dernières heures, les dernières heures avant que tout ne recommence. On brasse à nouveau les cartes, on se laisse toutes les chances. Ce qui reste de l'année écoulée, nul effort ne sera nécessaire pour le sentir à nos côtés. Le bel amour gagné, les instants volés à la banalité et puis, il faut le dire, ce vide terrible : l'absence de Pierre Peuchmaurd. Pierre a laissé des textes, des poèmes, qui sont tout ce qu'il suffit de garder du monde : tout lui, nous tous à travers lui. Il faudra sans cesse y revenir pour revenir au monde. Ainsi de ce dernier livre publié, Le pied à L'encrier, dont Thierry Horguelin dit ici avec justesse la nécessité. Pour boucler la boucle et montrer la profonde cohérence intérieure que cet homme aura gardée toute sa vie, le texte qu'on trouvera ci-dessous est à ma connaissance le premier qu'il aura fait paraître, en juin 1966, dans «La revue de poche» que publiait alors Robert Laffont. Pierre a dix-sept ans, il est au rendez-vous. 

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LE RENDEZ-VOUS

Qu'on ne m'attende jamais
à mes rendez-vous illusoires.
Aragon

Tu étais revenue.
Dans l'odeur bleue des villes et le petit matin, à l'heure du premier train et du premier café.
Mon dieu, comme c'est banal.
Tu achètes L'Huma, tu souris à la pluie, froide et douce, douce et lasse.
Tu entres.
Tu enlèves ton manteau, tu secoues tes cheveux, comme un chien mouillé, comme l'herbe froissée.
C'est le premier matin venu, c'est le premier café venu. 
C'est toujours la guerre au Vietnam.
L'odeur des villes y doit être rouge.
Tu étais revenue.
Bien sûr sans prévenir, bien sûr sans raison.
Tu n'avais pas changé. Tes yeux un peu plus grands pourtant et ta voix lointaine.
Dans le miroir, en face, déjà tu t'installais.
C'est toujours la guerre au Vietnam.
— Ça ne s'arrange pas, dis-tu.
— Non.
— Tu ne me dis pas bonjour ?
— Si. Bonjour.
— Tu ne m'embrasses pas ?
Je t'embrasse.
C'est toujours…
Non, je ne suis pas surpris. Il y a longtemps que je sais qu'on peut tout attendre de toi, et que ce sera toujours la même chose. Il y a si longtemps que je n'attends plus rien. Rien que ce geste précisément, oui celui-là, que je sais que tu vas faire, et que tu fais mieux qu'autrefois. Celui-là ou un autre.

Mais je l'aimais d'être là, d'être belle et venue, d'avoir l'âge qu'elle avait, le nom qui était le sien, cette image de moi, si fausse et troublante, à quoi je me heurte et reviens sans cesse puisque tu la dis. Je l'aimais d'avoir cette voix-là pour me dire que c'est long la vie, qu'il fait froid dehors, trop pour elle, et puis cette boue, j'aurais dû prendre des bottes.
Je me regardais l'aimant dans les glaces. Ce n'était jamais le premier café, mais cette cigarette-là, vraiment c'est la dernière. Depuis le temps que c'est la dernière. Tu n'as pas encore compris.
Tu dis : «On devrait faire attention.» Je dis : «Oui. Bien sûr. Mais on ne sait jamais à quoi. À qui.» Tu dis : «Si. On sait.»
De quoi parlais-tu ?
Oui, tu aurais dû prendre des bottes. Et puis ça glisse moins.
Ne pas lui demander pourquoi elle est revenue. Elle répondrait : «Oh, comme ça.» Je dirais : «Tu fais toujours comme ça. » Elle répondrait : «Oui. Pas toi ?»
— Pourquoi es-tu revenue ?
— Oh, comme ça.
Tu vois bien. Tout est déjà dit. Il y a si longtemps que nous avons tout dit.
Tu étais revenue comme on se prend au piège des phrases en suspens.
— Ça va durer longtemps, là-bas ?
— Ça dépend.
— De nous ?
— Oui. Aussi.
Il nous reste au moins cela. Ils meurent là-bas, pour tuer nos silences.
Je t'aime.
— Je t'aime.
— Oui. Que veux-tu que je te dise ?
— Rien. Enfin…
Rien.
Ne pas, non plus, comme autrefois, lui demander de parler de nous. Elle dira : «Nous ? Ça n'existe pas. Tu sais bien.» Je dirais : « Oui, je sais. Ça n'existe pas. C'est bête.» «Non. C'est comme ça.» «C'est bête que ce soit comme ça.» «Non.»
— Ça n'existe pas, tu as raison.
— Quoi ? 
— Rien.
Quand apprendrons-nous donc à ne jamais revenir?

Elle était revenue.
Pour mieux voir dans les miroirs la gueule que j'y ferais, pour mieux lire dans ma main le tremblement des jours. Elle était revenue comme elle était partie : pour voir le temps passer.
Nous n'avions pas fini de parler du Vietnam.

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Merci à Benoît Virot d'avoir découvert et offert ce numéro de "La revue de poche" : que 2010 soit favorable à ses étonnantes initiatives!

19.5.09

Le combat

Le printemps tarde mais ça n'empêche pas la terrasse du café d'en face d'être bondée. On attend, on espère — on s'agite inutilement. Je viens de retrouver un poème de Pierre qu'il avait envoyé sur une feuille volante. Il n'a pas de date mais est éternellement de saison.

GANT DE BOXE

Vent et poussière,
on le sait
aux terrasses des cafés
Ciel bleu poussière
et poussière sous les jupes
La pensée araignée
n'attrape que des mouches mortes

Et poussière aussi le sommeil
guerre et cendre sur l'oreiller
Le temps passe en cailloux pressés
en rocs plus lents l'après-midi

Poussière encore la parole
poussière les lèvres et les livres
la limonade vieille de l'été
Poussière le sang sur la chaussée
Le ventre des fiancées et des requins
poussière

Pierre Peuchmaurd

19.4.09

19 avril 2009

Le temps et sa géographie

Avril, et qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? Pierre Peuchmaurd n'est plus présent. Sale temps, sale géographie. Le nord est perdu. Et pourtant on continue. Il ne l'aurait pas voulu autrement. Pour la poésie et par curiosité. La suite des choses, voyons-voir où ça va nous mener. On se plante un clou tout en haut de la boussole. Ça fait mal, mais on ne perd rien pour attendre : il y aura bien un moment où on pourra rire. On l'entend ce moment. C'est déjà toute une musique.

En tête

On aurait presque envie de s'y mettre tout de suite, à la rigolade. En effet, le Marché de la poésie de Montréal a annoncé son thème pour cette année : «Héritages du surréalisme». Allons donc! C'est à ne pas manquer. Une trentaine d'activités seront proposées sur le sujet, dont un colloque dirigé par Claude Beausoleil, une sommité. Tout cela est fort amusant. Une seule chose est certaine : rien de ce qui pourra se dire ou se faire dans un tel contexte n'aura le moindre rapport avec l'esprit de révolte qui fut et demeure au coeur du projet surréaliste. Mais ce qui fait moins rire, avouons-le, c'est de lire que L'Oie de Cravan va participer à un «Cabaret surréaliste». Là, je vous arrête tout de suite, messieurs dames : L'Oie de Cravan, sans se prétendre particulièrement «révoltée» ou «surréaliste», est une honnête maison. Nous ne ferons pas de «Cabaret surréaliste». Il y a des choses dont il vaut mieux ne pas trop se moquer. Après tout, il arrivera peut-être ce jour où le surréalisme le touchera, ce fameux héritage.  Pour rire, on va préférer cette compagnie.

Ce qui vient

On parle beaucoup de rire et de plaisir mais il n'y a pas que ça dans la vie, il y a le dur labeur de l'éditeur. À L'Oie de Cravan, on le sait, on se méfie du travail. Mais on aime bien faire des livres. Alors voilà en vrac ce qui vient. D'abord, fin mai, une petite plaquette d'un auteur pas trop connu. Il s'agit d'une nouvelle collection dont le nom est encore à trouver. Le livre, lui, s'appellera «Cahier de neiges». Ensuite, ce sera une seconde parution dans la même collection : l'excellent «Hourra pour Shane» de Shane Brangan. On prend déjà le risque de vous annoncer le troisième titre de cette collection pour l'automne prochain : «Nanoushkaïa» de Bérengère Cournut.  La même époque verra naître d'autres jolies choses : on parle de bandes dessinées de Simon Bossé, de Obom, de nouvelles de Thierry Horguelin, et même de poèmes du  fin Patrice Desbiens! On murmure qu'il y aura des livres du critique Byron Coley et du chanteur Michael Hurley. Mais ça, on n'ose le croire. C'est si loin demain et le chemin reste tout à faire. On se guide à la musique, à la toute petite musique rigolarde qui semble venir de là-bas. 

13.4.09

Et les choses, quelle durée ?
Pierre Peuchmaurd (1948-2009)

Mon ami est mort la nuit dernière. Ce n'est pas le temps de trouver le mot juste. Il y a des animaux qu'on ne saura plus reconnaître, des colères de grandes lames qui ont perdu leur manche, des raisons de vivre qu'on ne pourra plus invoquer. Il y a les mots laissés, pour faire lever le jour, pour retrouver le jour. Elle, naturellement, elle est venue par le poumon gauche.
Leur guetteur parti, les tourterelles de Brive, du Lot et de Corrèze, ne savent plus de raison à leur vol. Nous qui n'avons jamais su voler, nous n'en savons rien non plus. Et surtout pas comment dire notre désarroi. Finalement il n'y a que Pierre qui connaissait le mot juste.

ELLE VIENDRA PAR LE POUMON GAUCHE

Elle viendra par le poumon gauche
D'abord ce sera plus chaud
et ça irradiera,
je dirai que ça ira.
Ce sera comme la neige —
je déteste la neige —
comme une gorgée de café
quand le cœur n'en veut pas.
Et puis je refuserai.
De quelle taille, le refus?
Et les choses, quelle durée?
Plus qu'une rose, moins qu'une rose?
C'est comme ça qu'on compte
quand il y a cette écume,
tout ce joli sang rose
qui vous remonte aux lèvres.
On compte en oiseaux,
en cerceaux sur le pré,
en ruisseaux dans l'été
et en éternités.
On compte sur les doigts des femmes
et les cheveux des bêtes
qui ne tombent jamais dans le lavabo,
on compte sur le beau temps
qui vous ouvre la gorge.
Elles, comme on va mourir,
elles nous ouvrent leurs robes —
on y compte.
Et comme on va partir,
elles nous laissent leur adresse
et le soir les emporte
et on va dans les bois
où il y a l'hôpital.

(écrit vers 1994)

Pierre Peuchmaurd
Parfaits dommages et autres achèvements

10.4.09

les renards fuient quand on les rêve
les enfants ne risquent plus rien
et cependant la mort augmente
quand on approche l'orage s'éloigne

                             Pierre Peuchmaurd