10.5.12

On ouvre un livre au hasard et on lit




cette calme pluie sur la campagne
que nous avons aimée

cette pluie lumineuse
et tu marchais vers moi
sans me voir
au fil de la rue familière
et sur tes lèvres, tes épaules, sur tes hanches
sur les passants sur les pavés sur les façades ruisselantes
bougeait un triomphal soleil oblique

un jour encore, cette pluie sur un toit d'ardoise
et de zinc déchiré
cette pluie sur le sable sur les vagues
sur tes bras nus
à l'instant où il commence de faire froid

cette pluie derrière nous dans la cour
alors que nous regardons sans rien dire
l'immortelle Mémoire

et dans le noir dans le noir
après les terreurs de l'orage
cette immense pluie chantante, délivrée
avec au fond de l'espace le dernier éclair silencieux
et dans la tête la parole qui ne sera jamais prononcée

cette immense pluie de souvenirs
et peut-être aussi la petite goutte brillante
qui tremble à l'extrême de tes cils et de ton coeur
et tombe sur ta joue ou sur ma main
écoute
Georgette
ô mon amie
ma grande magie bleue
Georgette chérie de ma jeunesse



12 mai 1952, Paul Nougé


Ce soir, 10 mai 2012, soixante années plus tard, la pluie est toujours là.




29.4.12

Le vrac

Sous le froid apparent, avril a brûlé à Montréal : 
on attend joyeusement le joli mai.







Des images qui bougent, des pages immobiles : on a parlé de L'Oie dans le monde internautique. Ce n'est guère important en regard de ce qui se joue dans la rue, se vit ces derniers jours, mais ça fait toujours plaisir de savoir que ce qui est publié comme bouteille à la mer suscite des échos.
Voici un peu ce qui se trouve, pour voir.
Le vrac, toujours, qui cache l'essentiel.






* Interviewé par CBC Radio, Éric Blackburn de la librairie Le Port de Tête, a eu la gentillesse de citer les productions de L'Oie de Cravan parmi les exemples de ce que sont de "beaux livres" : il parle en particulier de la maquette du tout récent Résolutions de Laurent Albarracin. Nous sommes flattés. On peut lire et entendre l'homme, ici.

* À peine arrivé en librairie au Québec, le livre Passage public de Joël Gayraud fait rêver un tout jeune lecteur ici.

* Typographie Inusuelle de Marc Pantanella, que nous avons publié l'année dernière en collaboration avec Finitude, s'est mérité le prix Expozine du meilleur livre francophone cette année. On peut en savoir plus ici, là et encore ici.

*  L'acteur Patrick Hivon — à sa façon ! — parle du livre Entre la ville et l'écorce de Robin Aubert, ici.

* Un an après sa sortie, le livre C'est la guerre de Byron Coley fait toujours parler de lui, en anglais du moins.  En plus des nombreux articles que nous avions signalés, le légendaire Dennis Cooper en a parlé récemment ici. On trouve également ceci dans cet étrange univers des blogues.

* Le chanteur Urbain Desbois, que nous sommes fiers de compter parmi les auteurs de L'Oie, participe à sa manière au mouvement de résistance actuel avec deux chansons : l'une ici, l'autre là. 


Voilà qui termine ce long bulletin d'une fin de mois froide et pourtant brûlante.


19.4.12

19 avril 2012


Le temps et sa géographie

La lumière est différente depuis quelques jours : elle s'est faite joueuse, elle semble se payer notre tête. C'est sans doute ce bon vent qui bouscule les nuages et provoque des courses, des éclats et fait naître des ombres mouvantes. Il y a des bourgeons, des cris, de la poussière qui vole. La fenêtre du bureau de L'Oie est entrouverte ; elle est surtout sale mais c'est tant mieux : elle se fait l'écran sur lequel se projettent tous ces jeux. Il y a l'odeur aussi : un peu pourriture, un peu fraîcheur — l'odeur du monde qui change. Bien sûr, tout cela a un nom : brindille de temps, le renouveau, le changement. Certains n'aiment pas l'expression « Printemps étudiant ». On peut les comprendre : il y a réduction, bien sûr, et emprunt à d'autres printemps. Mais les étudiants sont bien vivants en ce moment. Et le mot printemps est bien joli, rien n'y fait. On souhaite qu'il ne soit pas qu'étudiant, qu'il ne dure pas qu'une saison. On souhaite que le sang, la sève, monte monte et monte : elle finira par atteindre la tête. Alors qui sait ce qui peut arriver ?

En tête

Pour l'instant, simplement, ce sont des livres qui sont arrivés chez l'éditeur. C'est un bonheur : la fraîcheur de l'encre, le poids de l'objet, la découverte des projets rêvés qui se matérialisent. On a reçu il y a quelques jours les Résolutions de Laurent Albarracin. Un recueil d'aphorismes tout en finesse, tout en mises en abyme. La couverture est un rappel de celle de À l'usage de Delphine de Pierre Peuchmaurd, autre recueil d'aphorismes, aujourd'hui épuisé, d'un poète qui compte énormément pour Laurent Albarracin comme pour l'éditeur. Reçu également, le Passage public de Joël Gayraud : le livre d'un promeneur attentif. Que ce soit à Prague, à Naples ou sur la pointe de Dungeness, près de la maison de Derek Jarman, Joël Gayraud sait voir et faire sentir l'essence des lieux traversés. C'est plus rare qu'on ne le croit ! On aurait aimé célébrer avec ces auteurs la sortie en librairie au Québec de leurs ouvages mais il semble qu'un océan nous sépare. Nous attendrons le Marché de la poésie de Paris pour boire à leur santé en compagnie de nos amis qui vivent sur cette rive.


À venir

Mais nous saurons célébrer de ce côté-ci des mers. On prépare un nouvel opuscule de Thierry Horguelin, Choses vues : un ensemble d'observations compilées par ce malicieux chercheur qui sait découvrir les déchirures dans l'apparente banalité du tissu quotidien. On en profite pour ressortir dans notre collection de poche « Petites pattes à ponts » son livre précédent, La nuit sans fin, qui était épuisé par la demande populaire. Juste coïncidence, Thierry sera de passage à Montréal fin mai lors de la sortie de ses livres : il y aura donc fête en sa bonne compagnie. Pour bien faire les choses, nous sortirons en même temps l'étourdissant ensemble de contes de Bérengère Cournut, Schasslamitt, que nous publions de conserve avec les éditions Attila de la bonne ville de Paris. Le vin sera français, l'humour sera belge : ce sont nos seuls plans arrêtés pour cette soirée. Pour le moment, faut songer à rentrer nos blancs moutons, se mettre à l'abri pour peaufiner les ouvrages : v'là la pluie, mironton mirontaine. 

9.4.12

On ouvre un livre au hasard et on lit



Tout se précise
ce que l'on voulait
beaucoup ou pas
entre nous
malgré les jours
des voix se joignent à nous
amoureuses
enfantines
elles nous enterreront
mon amour
lorsque nos diapasons seront cassés
au profit de plus petits

Pascal-Angelo Fioramore, Têtagoise

5.4.12

Dernières nouvelles de l'homme






Trouvé entre deux pages de l'édition de poche (Juliard, 1978)
des Dernières nouvelles de l'homme de Vialatte.

29.3.12

Les nouveaux visages







Aphorismes de Laurent Albarracin
En librairie au Québec le 17 avril,
en France en septembre.

Mort pour cause de fermeture.

Je n'y crois pas une minute mais je veux bien en douter une heure.

Le serpent du paradoxe mord la queue de l'évidence.







Guide des géographies intérieures de Joël Gayraud.
En librairie au Québec le 24 avril,
en France en septembre.

(...)
Demain nous irons au château étoilé en passant par les bois.

23.2.12

On ouvre un livre au hasard et on lit



LA GRANDE NÉBULEUSE ANDROMÈDE

Nous atteignons le camp le soir
Venu, sur une haute crête à découvert
Dominant deux mille
Mètres de montagnes et une immensité
De vallées et de mer.
Dans la nuit chargée d’étoiles nous cuisons
Des macaronis et dînons
À la lueur d’une lanterne. Des étoiles se massent
Autour de la table comme des lucioles.
Après le repas nous allons droit
Nous coucher. La nuit est balayée de vent
Et pure. Dans trois jours, ce sera
La pleine lune. Allongés sur le lit
Nous observons les étoiles et la lune
Qui tourne dans notre petit télescope.
Tard dans la nuit les chevaux qui bronchent
Autour du camp me réveillent.
Accoudé je regarde
Ton beau visage endormi
Joyau sous la clarté lunaire.
Si la chance te sourit et que les
Nations te le permettent, tu vivras
Loin dans le XXIe
Siècle. Je prends la lunette
Pour regarder la grande nébuleuse
D’Andromède nager comme
Une amibe phosphorescente
Autour du Pôle. Là-bas
Dans des villes reculées
Des hommes au coeur gras se préparent
À t’assassiner pendant que tu dors.

Kenneth Rexroth (traduction de Joël Cornuault)

19.2.12

Le vrac

Il est long le février des bissextiles.





* On connaît Le Bathyscaphe, journal d'inactualité culturelle de fiers marins auquel L'Oie de Cravan a le bonheur d'être associé. Il faut maintenant compter avec la Bathysphère qui en est issue. Il s'agit d'un appareil d'exploration léger, offert gratuitement et photocopié, qui va permettre à l'équipe du Bathyscaphe de bouger parfois avec un peu plus de rapidité. Le premier numéro est sorti : il est consacré au mouvement d'occupation qui a essaimé au cours de 2011. On peut se le procurer en version papier auprès de l'équipe du Bathyscaphe ou le consulter en pdf en cliquant juste ici. On s'occupe comme on peut.
On peut également lire en ligne la version complète de l'entretien réalisé par Hermine Ortega avec Mark Read, un participant de Occupy Wall Street.

* Dominic Tardif a réalisé une courte entrevue avec Michel Garneau au sujet de son merveilleux livre Le Sacrilège : ici.

* Kiva Stimac a réalisé une courte entrevue avec L'Oie de Cravan au sujet de L'Oie de Cravan. C'est en anglais, ce qui n'explique rien mais excuse tout : ici.

* L'Oie de Cravan voyage : curieusement nous serons au Salon du livre de Paris, du 16 au 19 mars, stand U51, avec un respectable échantillon de nos publications. Venez.
Encore plus curieusement, nous serons également présents à Shelf life 2 : A big day for Small Press à Los Angeles le 24 mars. Mais venez donc !
Il faut noter que c'est l'excellente Isabelle Mandalian qui nous représentera à Paris tandis que Benoît Chaput se chargera de la cité des anges perdus.

* L'Oie de Cravan coédite. C'est vrai ! Après la belle expérience de Typographie Inusuelle avec Finitude l'année dernière, voilà que nous préparons un Schasslamitt, recueil de contes épatants de Bérengère Cournut, avec les amis des éditions Attila. C'est à suivre.

* L'Oie de Cravan codiffuse. C'est vrai ! Nous sommes, fort heureusement, toujours distribués et diffusés par Dimedia au Canada (et les Belles Lettres en France), mais nous nous sommes associés à quelques vaillants amis pour donner un coup de pouce à la diffusion en usant d'une propagande active et sans vergogne. Cette association de malfaiteurs a pris le nom de « Dynamomachines », ceci afin de donner le change, et on peut visiter le site de la bande ici.

Voilà qui termine ce long bulletin d'un février des bissextiles.


23.1.12

On ouvre un livre au hasard et on lit



Écris tout ce qui te passe par la fenêtre



La cage vide

J'ai raté
le livre de ma vie
une nuit
qu'on avait oublié
de mettre un crayon taillé
à côté de mon lit

Lise Deharme, Cahier de curieuse personne


12.1.12

Byron Coley et la traversée de l'Atlantique







C'est la guerre est étrangement classé dans la section « Compositeurs »
à la librairie du Centre George Pompidou de Paris
(photo par Thurston Moore)


Nous avons sorti C'est la guerre : early writings 1978-1983 de Byron Coley en version bilingue en mai dernier au Québec et aux États-Unis mais ce n'est que tout récemment, en novembre, que le livre a fait la grande traversée. Le voilà donc disponible en France. Nous sommes à l'écoute des lointains échos. On en parle sur le blog musique de Joseph Goshn et dans le journal culturel gratuit de Paris Balise. On retrouve même une petite note dans le numéro du Matricule des Anges qui vient de paraître. Tout cela est bien positif. En Angleterre, les journaux Wire et Mojo avaient déjà dit plein de bonnes choses sur le livre de notre critique fou préféré. Modestement, ça fait plaisir.


Modeste sous les applaudissements : Byron Coley
(photo par Benoît Chaput)