25.11.09
7.11.09
7 novembre 2009
Le temps et sa géographie
Le temps est désertique, la géographie glaciale. Moins d'heures au jour, moins de jours à l'année, moins d'années à la… De la peur dans les rues, une peur bien enrobée, bien esthétique, approuvée par tout ce qui décide. On craint des virus, on craint des gens, on crie à la conspiration; on crie au loup mais il n'y a plus de loups, il n'y a que des rues vides balayées par le vent alors qu'on reste à la maison, la tête bien cachée au fond de l'écran. Restent pourtant aussi des occasions, de véritables tanières, des potions, des flammes qu'il faut savoir deviner. Restent, encore et encore, des dernières chances. Il va falloir savoir jouer, savoir garder sa lenteur, savoir sourire de tout ce qui fait peur et connaître la portée des gestes. Derrière le vide qui s'affiche, le monde est toujours là : c'est le pari qu'il faudra tenir.
En tête
Du monde et des sourires, on en a vu l'autre soir. On a lancé quelques beaux livres, Bérengère Cournut et Patrice Desbiens ont lu. Il y a plein de lancements de livres, et c'est heureux. Sans doute d'un intérêt inégal mais on peut se faire plaisir en songeant qu'ils sont parfois les moments privilégiés d'une certaine complicité, d'une certaine poésie, qui laissent loin derrière les prétextes commerciaux de l'activité éditoriale. Ce 28 octobre, les mots de Bérengère Cournut et de Patrice Desbiens parlaient du monde réel à de réels complices : c'est ça, la poésie certaine. Et le plaisir du métier d'éditeur.
À venir
On ne va donc pas s'en tenir là. Ginette Nault et Daniel Beaucaire, nos lointains imprimeurs, sont actuellement à l'œuvre. Sous leurs presses il y a une bande d'animaux humains dessinés par Simon Bossé, Bébête. C'est un tableau dur, juste et beau. Il y a aussi un livre qui donne le vertige, La Nuit sans fin, sept histoires pour occuper le jour, de Thierry Horguelin. Quelque chose comme un piège littéraire qui, en se refermant, nous mènerait enfin à l'air libre! Un piège qui sera présenté avec une magnifique photo d'Antoine Peuchmaurd en couverture. Nous allons de nouveau festoyer pour célébrer cela. On ne festoie jamais assez chez l'Oie. Ce sera très exactement en la taverne du Cheval Blanc, le dimanche 29 novembre. Débutant tranquillement vers les 18 h aux sons de la clarinette et de quelque jazz, on prévoit ensuite, vers 21 h 30, un certain rock avec le retour du groupe de musiciens dessinateurs Les Michels. On sait, en tous cas, que nos deux auteurs seront là. On se doute bien aussi que l'atmosphère sera des plus chaleureuses et permettra d'arracher une autre soirée aux froids! D'ici là, L'Oie se fera une tête de commis voyageur. D'abord les 14 et 15 novembre à Expozine, cette foire chaotique que nous aimons; puis du 18 au 23 novembre, au Salon du livre de Montréal, cette foire médiatique que nous aimons beaucoup moins mais où nous tenterons une première immersion, histoire d'aller voir si nos craintes étaient fondées. Fondées ou pas, il nous fera plaisir de vous y voir : si vous vous y risquez, venez nous porter des oranges!
14.10.09
Les apparences et au-delà : un triple lancement de L'Oie
Depuis juin L'Oie s'est activée à faire paraître une nouvelle collection. Elle s'appelle «Le fer & sa rouille» et propose des livres cousus main, non coupés, à tirage limité (200 exemplaires numérotés), tous du même format sous un carton de couleur différente pour chaque titre. Une telle collection unifiée est une première pour nous et nous avons voulu la chose le plus sobre possible, comme un écrin qui laisse toute place au texte. Il s'agit ici de courtes proses poétiques portant une déchirure sous l'écriture qu'il devrait être parfait de découvrir le coupe-papier à la main. Ce sont des livres bricolés, «gossés» : l'étiquette croche, le pli imparfait du carton, la numérotation incertaine, participent du charme d'un tel projet — du moins à notre œil indulgent. On le sait : les apparences ne sont jamais trompeuses. Cette collection devrait remplir ses promesses.
Après un premier titre , «Cahier de neiges», lancé au tout début de l'été, nous lançons maintenant «Hourra pour Shane» du mystérieux Irlandais Shane Brangan et «Nanoushkaïa» de Bérengère Cournut. Cette dernière est connue pour être l'auteur de L'Écorcobaliseur, un livre étrange qui a reçu un bel accueil critique outre-atlantique.
Ces deux objets de fer et de rouille seront lancés en compagnie d'un livre attendu, le troisième du poète Patrice Desbiens à notre enseigne: EN TEMPS ET LIEUX 3 (Le dernier cahier) !

Nous allons donc célébrer comme il se doit ce triple évènement :
Après un premier titre , «Cahier de neiges», lancé au tout début de l'été, nous lançons maintenant «Hourra pour Shane» du mystérieux Irlandais Shane Brangan et «Nanoushkaïa» de Bérengère Cournut. Cette dernière est connue pour être l'auteur de L'Écorcobaliseur, un livre étrange qui a reçu un bel accueil critique outre-atlantique.
Ces deux objets de fer et de rouille seront lancés en compagnie d'un livre attendu, le troisième du poète Patrice Desbiens à notre enseigne: EN TEMPS ET LIEUX 3 (Le dernier cahier) !

Nous allons donc célébrer comme il se doit ce triple évènement :
Mercredi 28 octobre 2009
à partir de 18 h et jusqu'à fermeture des portes
lancement de
Nanoushkaïa de Bérengère Cournut
En temps et lieux 3 (Le dernier cahier)
de Patrice Desbiens
& Hourra pour Shane de Shane Brangan
à la librairie Le porte tête
262, avenue du Mont-Royal est
en présence honoraire de nos délicieux auteurs
Bérengère Cournut (directement de France!)
Patrice Desbiens (directement de Montréal!)
à partir de 18 h et jusqu'à fermeture des portes
lancement de
Nanoushkaïa de Bérengère Cournut
En temps et lieux 3 (Le dernier cahier)
de Patrice Desbiens
& Hourra pour Shane de Shane Brangan
à la librairie Le porte tête
262, avenue du Mont-Royal est
en présence honoraire de nos délicieux auteurs
Bérengère Cournut (directement de France!)
Patrice Desbiens (directement de Montréal!)
Lecture à voix haute, claire et claironnante! Vin dégourdi qui fait bondir! Croustilles de première fraîcheur! Libraires de fantaisie! Barbus monogames! Danses subtiles de la sociabilité automnale! Chat perdu! Amis retrouvés!
6.9.09
7 septembre 2009
Le temps et sa géographie
Voilà, à force de chemins de traverse, de sentiers s'estompant qu'il fallut deviner au flair et à l'œil, nous avons fini par traverser l'été. Pour une fois il fut luxuriant, riche de ces minuscules aventures qui laissent en bouche, après une nuit de bons rêves, un indéfinissable goût de boisés. Sans savoir précisément comment, il est à parier que les rêveries de l'été aideront à traverser l'hiver. On se guide comme on peut, parfois sur des étoiles fuyantes, d'autres fois sur le sol rêvé, désiré, que nous avons découvert sous nos pieds. Il est plaisant de poursuivre alors, de son plein gré, l'avancée.
Cet été est-il d'ailleurs terminé? Il semble que l'août veuille marcher lui aussi d'un bon pas jusqu'au cœur de septembre. On serait bien sot de s'en plaindre. Comme l'été, comme tout ce qui aime faire traîner le chemin, à L'Oie nous accusons un certain retard.
En tête
Il faut dire aussi qu'une de nos aventures nous a laissé dans un état physique où il n'était plus possible de se plier aux exigences manuelles du métier d'éditeur : le mois dernier L'Oie a eu l'aile droite cassée, ce qui brise le vol et empêche l'utilisation des stylos, claviers et autres nécessaires outils de précision qui réclament la main. De bons soins, la dextérité d'un physiothérapeute, et voilà que nous pouvons à nouveau songer à faire des livres. Comme promis, ce sera d'abord en poursuivant la collection de petites proses poétiques Le fer & sa rouille amorcée ce printemps avec le Cahier de neiges de votre serviteur. Les semaines qui viennent verront donc la parution de Hourrah pour Shane de l'Irlandais Shane Brangan en édition bilingue et de Nanoushkaïa de Bérengère Cournut, dont les éditions Attila de Paris ont fait paraître le remarquable Écorcobaliseur l'année dernière. Encore une fois il s'agit de petites plaquettes cousues main au tirage fort limité. Une manière de nous faire particulièrement plaisir, de retrouver de douce façon le coup d'aile et l'envol. Presque simultanément nous nous remettrons à façonner des livres un peu plus épais bien que toujours aussi fins. Au bon endroit comme au bon moment, nous publierons l'ouvrage final de la trilogie poétique de Patrice Desbiens, le si bien nommé En temps et lieux 3.
Ce qui vient
Sans doute, rendu si avancé dans les temps et les lieux, qu'il faudra songer à fermer les yeux sur l'été, retenir le souffle pour affronter l'hiver. Nous aurons alors à vous proposer La nuit sans fin, sept histoires de Thierry Horguelin en forme de labyrinthes pour occuper le jour. Nous aurons aussi des bêtes de compagnie. Ce sera le grand retour du bédéiste Simon Bossé avec ses histoires animalières de Bébètes. Tout cela fera chaleur dans l'âtre. Et puis, il y a tout de même un soleil dans les glaces. S'il franchit le cap, si les jours se mettent à allonger après le solstice, nous pourrons vous parler plus avant de Byron Coley, de Obom et du musicien Michael Hurley. Pour l'instant, L'Oie se chauffe les pieds dans ce qui s'acharne de l'été.
Voilà, à force de chemins de traverse, de sentiers s'estompant qu'il fallut deviner au flair et à l'œil, nous avons fini par traverser l'été. Pour une fois il fut luxuriant, riche de ces minuscules aventures qui laissent en bouche, après une nuit de bons rêves, un indéfinissable goût de boisés. Sans savoir précisément comment, il est à parier que les rêveries de l'été aideront à traverser l'hiver. On se guide comme on peut, parfois sur des étoiles fuyantes, d'autres fois sur le sol rêvé, désiré, que nous avons découvert sous nos pieds. Il est plaisant de poursuivre alors, de son plein gré, l'avancée.
Cet été est-il d'ailleurs terminé? Il semble que l'août veuille marcher lui aussi d'un bon pas jusqu'au cœur de septembre. On serait bien sot de s'en plaindre. Comme l'été, comme tout ce qui aime faire traîner le chemin, à L'Oie nous accusons un certain retard.
En tête
Il faut dire aussi qu'une de nos aventures nous a laissé dans un état physique où il n'était plus possible de se plier aux exigences manuelles du métier d'éditeur : le mois dernier L'Oie a eu l'aile droite cassée, ce qui brise le vol et empêche l'utilisation des stylos, claviers et autres nécessaires outils de précision qui réclament la main. De bons soins, la dextérité d'un physiothérapeute, et voilà que nous pouvons à nouveau songer à faire des livres. Comme promis, ce sera d'abord en poursuivant la collection de petites proses poétiques Le fer & sa rouille amorcée ce printemps avec le Cahier de neiges de votre serviteur. Les semaines qui viennent verront donc la parution de Hourrah pour Shane de l'Irlandais Shane Brangan en édition bilingue et de Nanoushkaïa de Bérengère Cournut, dont les éditions Attila de Paris ont fait paraître le remarquable Écorcobaliseur l'année dernière. Encore une fois il s'agit de petites plaquettes cousues main au tirage fort limité. Une manière de nous faire particulièrement plaisir, de retrouver de douce façon le coup d'aile et l'envol. Presque simultanément nous nous remettrons à façonner des livres un peu plus épais bien que toujours aussi fins. Au bon endroit comme au bon moment, nous publierons l'ouvrage final de la trilogie poétique de Patrice Desbiens, le si bien nommé En temps et lieux 3.
Ce qui vient
Sans doute, rendu si avancé dans les temps et les lieux, qu'il faudra songer à fermer les yeux sur l'été, retenir le souffle pour affronter l'hiver. Nous aurons alors à vous proposer La nuit sans fin, sept histoires de Thierry Horguelin en forme de labyrinthes pour occuper le jour. Nous aurons aussi des bêtes de compagnie. Ce sera le grand retour du bédéiste Simon Bossé avec ses histoires animalières de Bébètes. Tout cela fera chaleur dans l'âtre. Et puis, il y a tout de même un soleil dans les glaces. S'il franchit le cap, si les jours se mettent à allonger après le solstice, nous pourrons vous parler plus avant de Byron Coley, de Obom et du musicien Michael Hurley. Pour l'instant, L'Oie se chauffe les pieds dans ce qui s'acharne de l'été.
8.6.09
Bouteilles pour le navire!
qui va au fond dès sa mise à flot
Ce n'est pas une raison pour ne pas célébrer celle-ci!
Vous êtes donc invités
JEUDI LE 11 JUIN à partir de 18h30
à vous joindre à nous au quai de
La librairie Le Port de Tête
262, avenue du Mont-Royal est, à Montréal
pour lever votre verre à la santé du
BATHYSCAPHE # 4
Le personnel de bord de la librairie
vous prouvera qu'il a le pied marin
et vous attendra en salle ou
dans la délicieuse cour arrière
pour voir à vos moindres besoins
- Vins de mer rouges!-
-Barbecue des boucaniers!-
-Rires et barbes à rabais!-
Tout pour vous plaire dans le domaine des libations, des lectures et de la bonne compagnie!
DE PLUS
Sera lancé le «Cahier de neiges» du co-capitaine Chaput,
publié par L'Oie de Cravan en tirage numéroté et limité!
Suivez l'air du grand large et joignez-vous à nous!
À bord du Bathyscaphe 4 on retrouve :
LE BATHYSCAPHE EST UN ESQUIF SANS PUBLICITÉ NI SUBVENTION!
C'EST VOUS QUI FAITES TOURNER L'HÉLICE !
CULTURE INACTUELLE - PLAISANTERIES DOUTEUSES- ÉQUIPE INTERNATIONALE
Vous êtes donc invités
JEUDI LE 11 JUIN à partir de 18h30
à vous joindre à nous au quai de
La librairie Le Port de Tête
262, avenue du Mont-Royal est, à Montréal
pour lever votre verre à la santé du
BATHYSCAPHE # 4
Le personnel de bord de la librairie
vous prouvera qu'il a le pied marin
et vous attendra en salle ou
dans la délicieuse cour arrière
pour voir à vos moindres besoins
- Vins de mer rouges!-
-Barbecue des boucaniers!-
-Rires et barbes à rabais!-
Tout pour vous plaire dans le domaine des libations, des lectures et de la bonne compagnie!
DE PLUS
Sera lancé le «Cahier de neiges» du co-capitaine Chaput,
publié par L'Oie de Cravan en tirage numéroté et limité!
Suivez l'air du grand large et joignez-vous à nous!
À bord du Bathyscaphe 4 on retrouve :Jean-Yves Bériou, Simon Bossé, Daniel Canty, Geneviève Castrée, Benoît Chaput, Byron Coley, Louis-Philippe Côté, Bérengère Cournut, Hélène Frédérick, Sarah Gilbert, Joël Gayraud, Thierry Horguelin, Morag Kidd, A.J. Kinik, Julien Lefort, Anne Marbrun, Monsieur Moulino, Thurston Moore, Hermine Ortega, Antoine Peuchmaurd, Pierre Peuchmaurd, Hannah Reinier, PIerre Rothlisberger, Alexandre Sanchez, Barthélémy Schwartz, André Stas, Valerie Webber.
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19.5.09
Le combat
Le printemps tarde mais ça n'empêche pas la terrasse du café d'en face d'être bondée. On attend, on espère — on s'agite inutilement. Je viens de retrouver un poème de Pierre qu'il avait envoyé sur une feuille volante. Il n'a pas de date mais est éternellement de saison.
GANT DE BOXE
Vent et poussière,
on le sait
aux terrasses des cafés
Ciel bleu poussière
et poussière sous les jupes
La pensée araignée
n'attrape que des mouches mortes
Et poussière aussi le sommeil
guerre et cendre sur l'oreiller
Le temps passe en cailloux pressés
en rocs plus lents l'après-midi
Poussière encore la parole
poussière les lèvres et les livres
la limonade vieille de l'été
Poussière le sang sur la chaussée
Le ventre des fiancées et des requins
poussière
Pierre Peuchmaurd
GANT DE BOXE
Vent et poussière,
on le sait
aux terrasses des cafés
Ciel bleu poussière
et poussière sous les jupes
La pensée araignée
n'attrape que des mouches mortes
Et poussière aussi le sommeil
guerre et cendre sur l'oreiller
Le temps passe en cailloux pressés
en rocs plus lents l'après-midi
Poussière encore la parole
poussière les lèvres et les livres
la limonade vieille de l'été
Poussière le sang sur la chaussée
Le ventre des fiancées et des requins
poussière
Pierre Peuchmaurd
18.4.09
19 avril 2009
Le temps et sa géographie
Avril, et qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? Pierre Peuchmaurd n'est plus présent. Sale temps, sale géographie. Le nord est perdu. Et pourtant on continue. Il ne l'aurait pas voulu autrement. Pour la poésie et par curiosité. La suite des choses, voyons-voir où ça va nous mener. On se plante un clou tout en haut de la boussole. Ça fait mal, mais on ne perd rien pour attendre : il y aura bien un moment où on pourra rire. On l'entend ce moment. C'est déjà toute une musique.
En tête
On aurait presque envie de s'y mettre tout de suite, à la rigolade. En effet, le Marché de la poésie de Montréal a annoncé son thème pour cette année : «Héritages du surréalisme». Allons donc! C'est à ne pas manquer. Une trentaine d'activités seront proposées sur le sujet, dont un colloque dirigé par Claude Beausoleil, une sommité. Tout cela est fort amusant. Une seule chose est certaine : rien de ce qui pourra se dire ou se faire dans un tel contexte n'aura le moindre rapport avec l'esprit de révolte qui fut et demeure au coeur du projet surréaliste. Mais ce qui fait moins rire, avouons-le, c'est de lire que L'Oie de Cravan va participer à un «Cabaret surréaliste». Là, je vous arrête tout de suite, messieurs dames : L'Oie de Cravan, sans se prétendre particulièrement «révoltée» ou «surréaliste», est une honnête maison. Nous ne ferons pas de «Cabaret surréaliste». Il y a des choses dont il vaut mieux ne pas trop se moquer. Après tout, il arrivera peut-être ce jour où le surréalisme le touchera, ce fameux héritage. Pour rire, on va préférer cette compagnie.
Ce qui vient
On parle beaucoup de rire et de plaisir mais il n'y a pas que ça dans la vie, il y a le dur labeur de l'éditeur. À L'Oie de Cravan, on le sait, on se méfie du travail. Mais on aime bien faire des livres. Alors voilà en vrac ce qui vient. D'abord, fin mai, une petite plaquette d'un auteur pas trop connu. Il s'agit d'une nouvelle collection dont le nom est encore à trouver. Le livre, lui, s'appellera «Cahier de neiges». Ensuite, ce sera une seconde parution dans la même collection : l'excellent «Hourra pour Shane» de Shane Brangan. On prend déjà le risque de vous annoncer le troisième titre de cette collection pour l'automne prochain : «Nanoushkaïa» de Bérengère Cournut. La même époque verra naître d'autres jolies choses : on parle de bandes dessinées de Simon Bossé, de Obom, de nouvelles de Thierry Horguelin, et même de poèmes du fin Patrice Desbiens! On murmure qu'il y aura des livres du critique Byron Coley et du chanteur Michael Hurley. Mais ça, on n'ose le croire. C'est si loin demain et le chemin reste tout à faire. On se guide à la musique, à la toute petite musique rigolarde qui semble venir de là-bas.
12.4.09
Et les choses, quelle durée ? Pierre Peuchmaurd (1948-2009)
Mon ami est mort la nuit dernière. Ce n'est pas le temps de trouver le mot juste. Il y a des animaux qu'on ne saura plus reconnaître, des colères de grandes lames qui ont perdu leur manche, des raisons de vivre qu'on ne pourra plus invoquer. Il y a les mots laissés, pour faire lever le jour, pour retrouver le jour. Elle, naturellement, elle est venue par le poumon gauche.
Leur guetteur parti, les tourterelles de Brive, du Lot et de Corrèze, ne savent plus de raison à leur vol. Nous qui n'avons jamais su voler, nous n'en savons rien non plus. Et surtout pas comment dire notre désarroi. Finalement il n'y a que Pierre qui connaissait le mot juste.
ELLE VIENDRA PAR LE POUMON GAUCHE
Elle viendra par le poumon gauche
D'abord ce sera plus chaud
et ça irradiera,
je dirai que ça ira.
Ce sera comme la neige —
je déteste la neige —
comme une gorgée de café
quand le cœur n'en veut pas.
Et puis je refuserai.
De quelle taille, le refus?
Et les choses, quelle durée?
Plus qu'une rose, moins qu'une rose?
C'est comme ça qu'on compte
quand il y a cette écume,
tout ce joli sang rose
qui vous remonte aux lèvres.
On compte en oiseaux,
en cerceaux sur le pré,
en ruisseaux dans l'été
et en éternités.
On compte sur les doigts des femmes
et les cheveux des bêtes
qui ne tombent jamais dans le lavabo,
on compte sur le beau temps
qui vous ouvre la gorge.
Elles, comme on va mourir,
elles nous ouvrent leurs robes —
on y compte.
Et comme on va partir,
elles nous laissent leur adresse
et le soir les emporte
et on va dans les bois
où il y a l'hôpital.
(écrit vers 1994)
Pierre Peuchmaurd
Parfaits dommages et autres achèvements
Leur guetteur parti, les tourterelles de Brive, du Lot et de Corrèze, ne savent plus de raison à leur vol. Nous qui n'avons jamais su voler, nous n'en savons rien non plus. Et surtout pas comment dire notre désarroi. Finalement il n'y a que Pierre qui connaissait le mot juste.
ELLE VIENDRA PAR LE POUMON GAUCHE
Elle viendra par le poumon gauche
D'abord ce sera plus chaud
et ça irradiera,
je dirai que ça ira.
Ce sera comme la neige —
je déteste la neige —
comme une gorgée de café
quand le cœur n'en veut pas.
Et puis je refuserai.
De quelle taille, le refus?
Et les choses, quelle durée?
Plus qu'une rose, moins qu'une rose?
C'est comme ça qu'on compte
quand il y a cette écume,
tout ce joli sang rose
qui vous remonte aux lèvres.
On compte en oiseaux,
en cerceaux sur le pré,
en ruisseaux dans l'été
et en éternités.
On compte sur les doigts des femmes
et les cheveux des bêtes
qui ne tombent jamais dans le lavabo,
on compte sur le beau temps
qui vous ouvre la gorge.
Elles, comme on va mourir,
elles nous ouvrent leurs robes —
on y compte.
Et comme on va partir,
elles nous laissent leur adresse
et le soir les emporte
et on va dans les bois
où il y a l'hôpital.
(écrit vers 1994)
Pierre Peuchmaurd
Parfaits dommages et autres achèvements
10.4.09
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